Chapitre 3 : Les mots
Les mots, pas plus que les expériences ne sauraient me définir :
Les mots sont un code simplificateur permettant de communiquer sur certains plans, en particulier concret et intellectuel.
Les mots se basent sur le passé.
Parfois, on me fait cette demande embarrassante : « Parle-moi de toi »
Quand on me fait cette demande, gentille a priori, je traverse toujours ce qu’on pourrait appeler avec un peu d’humour un grand moment de solitude.
J’ai bien envie d’y répondre mais comment faire ?
D’abord je sens en moi des milliers de choses que j’aimerais communiquer.
Pour chaque chose il faudrait probablement utiliser des milliers de mots pour qu’elle soit comprise
Et les mots sont tellement réducteurs, simplificateurs, que je sais d’avance qu’ils ne pourront pas vraiment exprimer ce que je ressens.
Par exemple si on parle d’amour, chacun a sa façon d’interpréter ce terme, souvent d’ailleurs en lui donnant plusieurs sens, c’est complètement déroutant.
Cinq lettres pour exprimer tant de choses.
Et si on essaie de descendre dans le détail d’une définition : amour amoureux, amour maternel, amour des enfants, amour universel, amour de Dieu,… par rapport à chaque expression chacun a sa propre opinion sur ce dont il s’agit.
Mais ses opinions sont rarement partagées car elles dépendent de la façon dont ces mots ont été vécus, intégrés, par l’un ou l’autre.
Ce que l’un ressentira comme magnifique, sera utopique, naïf ou douloureux pour l’autre.
Comment se faire comprendre ?
Lorsque j’étais fiancé, Corinne, ma future femme, me disait : « On te pose une question simple et tu mets toujours trois heures avant de répondre ! »
Elle disait trois heures mais je crois qu’elle exagérait un peu. Cependant c’est vrai à ce moment là je cherchais avant de parler si je pouvais trouver les bons mots qui diraient parfaitement ce que je souhaitais exprimer.
Depuis j’ai fini par renoncer à être si exigeant car ce n’est simplement pas possible. Les mots ne seront pas suffisants, le temps dont je dispose non plus.
Je me suis donc rendu à l’évidence : les mots et ma façon de les utiliser seront toujours imparfaits.
Les mots sont cependant extrêmement utiles dans de nombreuses circonstances. Dans la vie courante, dans les sciences, en psychothérapie, en psychanalyse… ils sont d’une aide très précieuse.
Ne perdons pas de vue qu’ils simplifient toujours.
Essayons donc de les lire, les écouter, les utiliser sans nous y attacher.
Tentons de voir au-delà, d’exprimer au-delà.
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